L’Empreinte beat
Œuvres sur papier de Klödy Tremblay

Les œuvres récentes de Klödy Tremblay rendent hommage au jazz et à quelques-unes de ses figures mythiques et inspirantes pour l’artiste, Bill Evans, Miles Davis, John Coltrane.... Les instruments des jazzmans y sont autant de prétextes à l’exploration du geste, du rythme et de la sensualité de la musique. Le geste sûr de l’artiste qui se révèle dans chaque dessin crée une unité dans l’ensemble.

Elles ont été réalisées sur papiers Arches. Un support imposant sa présence matérielle, sa sobriété, voire une certaine fragilité. Ce sont une douzaine de productions picturales où l’on devine des instruments de musique: là une guitare, ici un saxe. Les compositions simples, évoquant tantôt les instruments, souvent les effleurant à peine, donnent ainsi tout l’espace au spectateur pour les apprécier  et créant ces lieux de liberté si chers à l’art abstrait.

Pour Klödy Tremblay, le dessin est une pratique quotidienne ; elle a acquis depuis les années 1980, une virtuosité dans la représentation de la figure humaine et une aisance qu’on retrouve ici et dans l’exploration de la matière. On discerne toujours la présence du corps, centrale dans son œuvre. Mais ici, il est plutôt dans les gestes précis et aériens de l’artiste. Les couleurs sont vibrantes, les bleus et les jaunes sont lumineux et captent le regard.

Réunie sous le titre L’empreinte beat, cette production n’est pas sans évoquer l’espace de liberté de toute une génération d’artistes qui ont tenté de se défaire des traditions. Une sorte de suite au manifeste Refus global et à ses recherches infinies de libertés d’être et de créer en dehors des conventions sociales et artistiques. Le chemin était peut-être tracé à la fin des années 1940 par la publication du manifeste, mais il sera toujours à reconquérir et à redécouvrir pour nombre d’artistes. Cette recherche a été essentielle pour maints créateurs, et peut-être encore plus pour les femmes artistes, qui devaient prendre leur place dans cette quête d’expériences inédites dignes d’alimenter leurs créations. Il en a été ainsi aussi pour Klödy Tremblay.

Native du Saguenay, le parcours de l’artiste née au début des années 1950 sera celui de l’apprentissage par les voyages et les musées. Puis après vingt ans de pratique autodidacte, celle de la formation universitaire, elle continuera à développer le dessin et à poursuivre un art très personnel, à l’écart des modes et des courants dominants de l’art contemporain. Lors de son passage au collégial, elle rencontre le sculpteur Don Darby et le peintre Jocelyn Gass. « Pour eux, il fallait s’expérimenter l’abstraction, se rappelle-t-elle. Pour moi, ça a été une façon de revenir au monde. De jouer avec la matière, avec un geste libre. » On en retrouve l’esprit dans la série « L’empreinte beat ».

En diapason avec l’art moderne, L’œuvre de Klödy Tremblay s’inscrit dans une conquête de l’expression de soi. Autant quand il s’agit d’explorer l’abstraction, que lorsqu’il est question de la figure humaine, la sensualité sera la meilleure façon d’aborder la matière pour l’artiste. Davantage, il y sera toujours plus ou moins question de séduction. Une séduction des formes ou des couleurs, portée par une expression spontanée plus que par une idée. Son approche de la matière se retrouve dans les diverses expositions qui ont marqué son parcours. En 1997, lors de l’exposition Tam Tam, présentée à la suite d’un séjour en Polynésie française; en 2004, lors de l’exposition collective Le diable est rouge. En 1995 avec sa première exploration du jazz et de la peinture, elle réalisera un ensemble de portraits de musiciens. Plus récemment lors de l’exposition collective des Ateliers ouverts, Klödy Tremblay présentait des peintures où la figure féminine illuminait ses œuvres. On retrouve, ou découvre, avec cette plus récente production abstraite, toute la délicatesse et l’assurance de son geste.

Nathalie Côté
Critique d’art1
Québec, avril 2010


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Depuis 1998, Nathalie Côté a été collaboratrice au journal culturel Voir à Québec, au journal Le Soleil, en plus d’avoir collaboré avec plusieurs revues d’art au Québec.